J'ai passé trois mois en Nouvelle-Zélande à arpenter les galeries d'Auckland et les ateliers de Rotorua, fascinée par ces œuvres où la terre semble respirer. Les artistes maoris ne peignent pas simplement des volcans : ils donnent corps aux atua (divinités) qui habitent ces montagnes de feu. Chaque coulée de lave raconte l'histoire de Ruaumoko, dieu des tremblements de terre, tandis que les cratères deviennent les blessures d'amours interdits.
Voici ce que l'intégration des légendes volcaniques apporte aux représentations paysagères maories : une profondeur narrative qui transforme chaque montagne en personnage vivant, une palette chromatique dictée par les émotions des dieux, et une dimension spirituelle qui fait de l'art un pont entre le visible et l'invisible.
Vous admirez peut-être l'art maori pour son esthétique puissante, mais vous sentez qu'une partie du message vous échappe. Ces spirales, ces rouges incandescents, ces formes organiques semblent porter un sens que vous n'arrivez pas à saisir pleinement.
C'est normal. L'art maori est un langage codé où chaque élément visuel correspond à un récit ancestral. Sans connaître les légendes volcaniques qui sous-tendent ces œuvres, on passe à côté de leur véritable essence.
Je vais vous révéler comment ces artistes tissent mythologie et paysage pour créer des œuvres qui ne montrent pas seulement la nature, mais racontent son âme.
Quand les volcans portent des noms d'amants : la mythologie comme fondation
La première fois que j'ai entendu l'histoire de Rangitoto, j'ai compris pourquoi ce volcan apparaît si souvent dans l'art contemporain maori. Ce n'est pas juste une île volcanique dans le golfe de Hauraki : c'est le sang figé d'une bataille entre tribus rivales, émergé il y a 600 ans seulement.
Les artistes maoris intègrent ces récits directement dans leurs compositions paysagères. Prenez les œuvres de Robyn Kahukiwa : ses représentations du Mont Taranaki ne montrent jamais un simple cône volcanique. On y voit un amant banni, condamné à regarder éternellement vers les montagnes Tongariro d'où il fut chassé après avoir courtisé l'épouse d'un autre volcan.
Cette approche narrative transforme radicalement la représentation. Là où un paysagiste occidental composerait avec des lignes, des masses et des couleurs, l'artiste maori compose avec des émotions géologiques. La pente du volcan devient posture corporelle. Les nuages qui l'entourent sont ses larmes ou sa colère.
Les volcans anthropomorphes dans l'art traditionnel
Dans les sculptures sur bois et les tapa (tissus d'écorce battue), les volcans prennent des formes humaines stylisées. J'ai vu au musée Te Papa de Wellington un panneau sculpté du 18e siècle où le Mont Ngauruhoe était représenté comme un ancêtre en position assise, les jambes formant les flancs de la montagne, le sommet étant sa tête couronnée de fumée.
Cette tradition se perpétue dans l'art contemporain. Shane Cotton, artiste maori reconnu internationalement, peint des paysages volcaniques où les strates géologiques deviennent des tatouages, où la pierre porte les mêmes motifs que la peau humaine. Ses volcans ont des yeux – parfois explicites, parfois suggérés par la disposition des roches.
Le rouge du feu, le noir de la création : une palette dictée par la cosmogonie
Si vous observez attentivement les représentations paysagères maories, vous remarquerez une récurrence chromatique frappante : le rouge profond (kura), le noir intense (mangu), le blanc pur (ma). Ce n'est pas un choix esthétique arbitraire.
Dans la cosmogonie maorie, ces couleurs racontent la création du monde. Le noir représente Te Kore, le vide primordial d'où tout émerge. Le rouge est le sang de Papa-tū-ā-nuku (la Terre-Mère) quand ses enfants la déchirèrent pour séparer terre et ciel. Le blanc symbolise la lumière qui entra dans le monde lors de cette séparation.
Quand un artiste maori peint un volcan en éruption, il ne capte pas seulement un phénomène géologique. Il recrée visuellement l'acte de création du monde. J'ai discuté avec Lisa Reihana, artiste multimedia, qui m'a expliqué : 'Chaque volcan qui entre en éruption rejoue la naissance du monde. Nos ancêtres le savaient. Nos œuvres le montrent.'
Les pigments volcaniques : matière et symbole fusionnés
L'intégration va encore plus loin. Traditionnellement, les artistes maoris utilisaient des pigments issus des volcans eux-mêmes : ocre rouge des sols volcaniques riches en fer, noir de charbon volcanique pour les tatouages et peintures. La matière de l'œuvre contenait littéralement la substance des légendes.
Cette pratique perdure. Plusieurs artistes contemporains que j'ai rencontrés collectent encore de la terre volcanique sur des sites sacrés (avec les permissions appropriées) pour créer leurs peintures. Le paysage n'est pas représenté : il est incorporé dans l'œuvre.
Les spirales de Ruaumoko : symboles récurrents dans l'art volcanique
Si vous voyez une spirale dans l'art maori, vous pensez probablement aux koru, ces motifs inspirés de la fougère argentée en train de se déployer. Mais dans les représentations de paysages volcaniques, les spirales ont une signification supplémentaire : elles évoquent les mouvements de Ruaumoko, le dieu non-né qui vit dans le ventre de la Terre-Mère et provoque tremblements de terre et éruptions par ses gesticulations.
Les œuvres de Paratene Matchitt, sculpteur majeur, illustrent parfaitement cette dualité. Ses installations monumentales combinent bois sculpté et métal, avec des spirales qui évoquent simultanément la croissance végétale et les forces telluriques. Dans son œuvre 'Te Wehenga' (La Séparation), les volcans sont représentés par des colonnes spiralées qui semblent à la fois s'élever du sol et s'y enfoncer.
Le mouvement perpétuel dans la pierre figée
Ce paradoxe – représenter le mouvement dans ce qui semble immobile – est au cœur de l'approche maorie du paysage volcanique. Un volcan endormi n'est jamais vraiment inerte : il respire, rêve, attend. Les artistes maoris traduisent cette vie latente par des lignes dynamiques, des compositions asymétriques qui suggèrent un équilibre précaire.
J'ai été particulièrement marquée par une série de gravures de Sandy Adsett montrant le volcan Ruapehu sous différents angles. Aucune vue n'est statique : les lignes de force suggèrent toujours un mouvement imminent, comme si la montagne allait se lever et marcher.
Entre ciel et terre : la composition verticale des légendes
Les légendes volcaniques maories ne se contentent pas d'expliquer les éruptions : elles structurent l'espace cosmique en trois niveaux. Ranginui (le Ciel-Père) en haut, Papa-tū-ā-nuku (la Terre-Mère) en bas, et les volcans comme points de connexion, lieux où le feu intérieur de la Terre rencontre le domaine céleste.
Cette cosmologie verticale influence directement la composition des œuvres. Les représentations paysagères traditionnelles et contemporaines présentent souvent une structuration en bandes horizontales superposées, chacune correspondant à un niveau cosmique. Le sommet volcanique n'est jamais un simple point culminant : c'est un portail, un lieu de passage entre mondes.
Cliff Whiting, artiste et historien, a créé des peintures murales monumentales où les volcans fonctionnent comme des échelles reliant les différents domaines de l'univers maori. Les coulées de lave ne descendent pas seulement : elles tissent des liens entre les royaumes spirituels.
L'art contemporain maori : réinventer les légendes sans les trahir
Comment les jeunes artistes maoris contemporains intègrent-ils ces légendes ancestrales tout en développant un langage visuel moderne ? C'est la question que je me suis posée en visitant l'exposition 'Volcano' à la Sarjeant Gallery de Whanganui.
La réponse tient dans ce que les Maoris appellent le tikanga : les principes fondamentaux restent, mais les formes évoluent. Michael Parekowhai crée des installations où des pianos laqués reflètent des projections vidéo de paysages volcaniques en mutation. La technologie est contemporaine, mais le concept reste celui de la transformation perpétuelle, du feu qui remodèle la terre.
Nathan Pohio utilise la photographie pour capturer des paysages volcaniques de manière qui semble d'abord documentaire, puis on remarque les interventions subtiles : des éléments numériques qui évoquent les atua, des surexpositions qui font ressembler la pierre à de la chair.
Le street art volcanique : les légendes investissent l'espace urbain
À Auckland, j'ai découvert des fresques murales spectaculaires où les légendes volcaniques sont réinterprétées dans l'esthétique du graffiti contemporain. Des artistes comme Flox combinent les motifs traditionnels maoris avec des techniques de pochoir et d'aérosol pour créer des volcans stylisés qui semblent pulser sur les murs de la ville.
Ces œuvres urbaines rendent les récits ancestraux accessibles à un public qui n'entrerait peut-être jamais dans une galerie. Elles rappellent aussi que Auckland elle-même est construite sur un champ volcanique de 50 cônes : la légende n'est pas lointaine, elle est sous les pieds des citadins.
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Intégrer l'esprit volcanique maori dans votre espace
Vous n'avez pas besoin de voyager en Nouvelle-Zélande pour ressentir cette connexion profonde entre légende et paysage. En choisissant des œuvres inspirées de l'approche maorie, vous invitez dans votre intérieur cette vision du monde où la nature n'est pas décor mais récit vivant.
Recherchez des représentations paysagères qui privilégient la verticalité dramatique, les palettes de rouges profonds et noirs intenses, les compositions asymétriques qui suggèrent le mouvement. Même sans être maori, une œuvre peut capturer cet esprit si elle traite le paysage comme un être vivant plutôt qu'un sujet inerte.
Dans un salon contemporain, une grande toile évoquant un volcan stylisé apporte cette présence à la fois apaisante et électrisante. C'est comme installer un gardien silencieux qui rappelle les forces primordiales – exactement ce que les artistes maoris cherchent à évoquer.
Les légendes volcaniques transforment radicalement la manière dont les artistes maoris représentent les paysages. Ils ne peignent pas ce qu'ils voient, mais ce qu'ils savent : que chaque montagne est un ancêtre, que chaque éruption raconte une histoire d'amour ou de trahison, que la terre sous nos pieds respire et rêve. Cette approche nous invite à regarder tous les paysages différemment – non comme des décors, mais comme des personnages à part entière de l'histoire du monde.




























